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Portraits de nomades•11 min de lecture•Publié le 26 septembre 2026Dernière mise à jour le 30 septembre 2026Aussi en :ENITESPTDE

Jennifer Therond : le business au service de la vie, pas l'inverse

Cédric Tumminello · Fondateur @Hello Mira

Jennifer Therond : le business au service de la vie, pas l'inverse

Un peu plus de dix ans après son premier départ en Nouvelle-Zélande, Jennifer Therond vit et travaille sur les routes dans son fourgon, Poséidon. Consultante éditoriale, entrepreneure et mentor, elle démonte les clichés du nomadisme avec une conviction : la liberté ne tient pas sans structure.

Il y a les images de rêve : le van face à l'océan, l'ordinateur ouvert sous les palmiers, la journée qui s'organise au gré des envies. Et puis il y a les crêpes.

Un jour, alors que Jennifer Therond voyage avec sa bande de copains en fourgon, tout le monde s'installe pour en préparer. Elle, non. Elle doit travailler. Sur le moment, la frustration est réelle : « Je ne peux pas aller faire les crêpes, il faut que je travaille. »

Puis elle se rappelle l'essentiel : c'est précisément ce travail qui lui permet de vivre sur la route.

Toute la philosophie de Jennifer tient dans cette scène. Le nomadisme n'est pas une parenthèse de vacances. Et la liberté n'est pas l'absence de cadre. Elle se construit, s'organise et se finance.« Le but est de structurer son business pour qu'il soutienne notre mode de vie. On ne veut pas être esclave de son propre business. Ce n'est pas pour ça qu'on a décidé de devenir nomade. »

Une fille qui dit oui

« Hello, moi c'est Jen, je suis entrepreneure nomade en van. » Pour se définir, elle choisit d'abord le mot aventurière. Toujours la première à partir sur un coup de tête, à tester quelque chose de nouveau ou à dire oui à une activité « complètement loufoque ».

Son plus gros défaut ? « Impulsive. » Sa plus grande qualité ? Être à l'écoute et savoir « retomber sur ses pattes, comme un chat ».

Petite, Jennifer rêvait déjà d'explorer le monde. On lui conseille naturellement de s'orienter vers le tourisme. Un stage de deux mois en Irlande lui donne un premier aperçu de la vie à l'étranger. Mais le vrai basculement survient en 2015, lors d'un PVT en Nouvelle-Zélande.

Elle y découvre la van life, mais surtout un autre rapport au temps. « Honnêtement, la Nouvelle-Zélande a façonné ma vision du voyage. Les Kiwis ont vraiment une mentalité chill : il n'y a pas de problèmes, que des solutions. Ils prennent le temps de vivre, de passer du temps avec leurs proches, de faire leur journée en fonction des vagues et du soleil. »

Elle retient la place accordée à l'échange, au partage, à la nature, et une idée très simple : prendre le temps. Cette manière de vivre deviendra sa manière de voyager, puis quelque chose qu'elle tentera d'intégrer à son quotidien.

Au retour, une certitude s'impose : elle sait désormais ce qu'elle ne veut plus. Elle repart au Japon, s'expatrie trois ans en Irlande, travaille comme salariée puis lance sa première activité en parallèle. Cinq semaines de congés payés ne lui suffisent plus. Le Covid finit d'accélérer le mouvement : elle aménage un fourgon, passe freelance à temps plein et prend la route.

Poséidon, la liberté avec quatre roues... et quelques imprévus !

Depuis 2022, sa maison s'appelle Poséidon. Le van lui apporte ce qu'elle cherchait : « Une liberté totale. Je n'ai pas à m'organiser en avance, je bouge quand j'ai envie. J'ai ma maison avec moi en permanence. »

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Une maison roulante n'empêche pas les galères. En Allemagne, surprise par la neige, Jennifer passe une nuit à 4 °C après une panne de batterie, et donc de chauffage. Une autre fois, la fermeture automatique se déclenche alors que les clés sont restées à l'intérieur. La fenêtre peut être entrouverte, mais pas suffisamment pour qu'elle puisse passer. Une famille arrive par chance dans le village désert. Jennifer supplie alors les parents de laisser leur enfant se glisser par la fenêtre pour ouvrir le fourgon de l'intérieur. « C'était très drôle », raconte-t-elle aujourd'hui.

Le voyage lui offre aussi des gestes d'hospitalité qui restent. Au Japon, elle cherche un musée avec des amis et demande son chemin à une dame. Le lieu est trop éloigné pour y aller à pied. La Japonaise appelle son fils et lui demande de les conduire. Celui-ci accepte, puis téléphone à son patron pour le prévenir qu'il sera en retard puisqu'il doit d'abord déposer les voyageurs.« On était vraiment mal, mais il nous a assuré que c'était normal. »

Il refuse tout paiement, comme l'invitation au restaurant. Ils garderont son contact et le retrouveront plus tard pour un karaoké. Pour Jennifer, ce souvenir dit ce qu'aucun guide ni aucune publication Instagram ne peut vraiment raconter : ce que le voyage devient lorsqu'on laisse de la place aux autres.

La chasseuse de clichés

S'il y a une image que Jennifer ne supporte plus, c'est celle d'une femme installée sur une plage, ordinateur sur les genoux.« Tu crois vraiment que tu as du wifi à la plage ? Que c'est top de travailler avec le sable sur le laptop et le soleil qui t'empêche de voir quelque chose ? » Lors de sa première rencontre avec Hello Mira, cette image dans une présentation la fait d'ailleurs tiquer.

Elle se méfie aussi de l'expression « digital nomad », devenue selon elle si large qu'elle ne dit plus grand-chose. Certains y voient un métier ; d'autres des vacances permanentes. Elle lui préfère « entrepreneur nomade » : une personne qui dirige une activité et travaille sur les routes.

Et quand quelqu'un lui annonce vouloir gagner 10 000 euros par mois depuis Bali ? « Je lui réponds que je veux jouer dans Marvel », plaisante-t-elle. Puis elle précise : atteindre ce niveau de revenu n'est pas impossible, mais demande du travail, du temps et des sacrifices, surtout au début. « Je vais peut-être me faire des ennemis, mais je suis contre toute cette vibe des entrepreneurs à Bali. C'est du bullshit. »

Instagram montre les victoires, le chiffre d'affaires et les beaux paysages. Beaucoup moins les parkings, les cafés bruyants, les gares, les doutes, la solitude entrepreneuriale et les montagnes russes financières. « L'entrepreneuriat n'est pas fait pour tout le monde et il faut arrêter de le survendre. »

Autre illusion qu'elle tient à dissiper : partir ne fait pas disparaître les difficultés. « Tes problèmes se déplacent avec toi. »

Deux métiers, deux plantages et quelques leçons

Jennifer exerce d'abord comme consultante éditoriale et rédactrice spécialisée dans le tourisme. Elle a notamment collaboré avec des offices de tourisme, des agences et des tour-opérateurs, et signé des contenus pour Petit Futé, Simplissime, JNTO, Camino Ways, Reservit ou Aéroports-Voyages. Elle défend auprès de ses clients une vision du voyage plus lente et hors saison, dans laquelle les nomades peuvent aussi faire vivre les territoires autrement.

En parallèle, elle accompagne depuis 2025 des entrepreneurs nomades. Cette deuxième activité ne s'est pas construite en ligne droite.

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Avec deux amies, elle lance d'abord le Nomad Camp, des séminaires en van. Elles se connaissent bien, mais n'ont pas suffisamment confronté leurs attentes, leur vision ni leur manière de travailler. L'aventure s'arrête au bout de six mois. Jennifer en garde une règle : « Ce n'est pas parce que l'on connaît bien une personne que l'on peut travailler ensemble. »

Le lancement du Nomad Business Club lui apporte une deuxième leçon. En suivant une mécanique de lancement à la mode qui ne lui ressemble pas, elle s'épuise, et le résultat est un flop. Elle revoit alors entièrement le format pour créer un accompagnement à son image : six mois pour ne plus subir son business, y voir plus clair, trouver un rythme adapté à son mode de vie, mieux s'organiser sur la route et surtout ne plus avancer seul dans sa prise de décision. Elle commence en tête-à-tête pour travailler les bases, puis chacun peut rejoindre un petit groupe si le besoin s'en fait sentir.« Un plantage, ce n'est pas un échec, c'est une leçon. » Chez elle, la formule n'a rien d'un slogan : elle décrit deux expériences très concrètes dont elle a changé les règles.

La structure comme condition de la liberté

Le paradoxe est savoureux : Jennifer se dit impulsive, mais elle enseigne la structure. Justement parce qu'elle aime pouvoir partir sur un coup de tête, elle sait qu'un business nomade doit tenir lorsque le décor change.

Elle identifie trois obstacles qui se nourrissent les uns les autres. Le manque de structure conduit à l'éparpillement, à la procrastination et aux mauvaises priorités. La solitude entrepreneuriale prive du regard extérieur capable de challenger une décision ou d'éviter une perte de temps. À la fin de la chaîne, les revenus deviennent irréguliers et le chiffre d'affaires fluctue.

Sa réponse est concrète. Pas de routine miracle ni de réveil obligatoire à 5 heures. « Désolée, je ne bosse pas avant 10 heures ! » Jennifer connaît son chronotype et son énergie. Elle utilise trois routines différentes selon qu'elle est en road trip, posée plusieurs mois ou entourée d'autres personnes.

Elle chronomètre aussi ses tâches avec Toggl. Pas pour transformer chaque minute en unité de productivité, mais pour savoir ce qui prend réellement du temps, mieux fixer le prix d'une offre, décider quoi déléguer et repérer sa zone de génie.À cela s'ajoutent ses « non-négociables » : ne pas répondre après 18 heures, s'écouter plutôt que se forcer, et passer à une autre tâche quand l'inspiration n'est pas là, refuser une mission lorsque le feeling ne passe pas ou qu'elle contredit ses valeurs, n'ouvrir sa boîte mail que deux fois par jour. Une liste à laquelle revenir quand une décision devient floue.

Sur le plan financier, elle apprend à connaître la saisonnalité de ses activités et suit trois piliers : chiffre d'affaires, trésorerie et investissement. Les fluctuations et les prises de risque ne disparaissent pas. Elles deviennent simplement plus lisibles.

La structure n'est donc pas l'ennemie de la spontanéité. Elle est ce qui lui évite de foncer « droit dans un mur ou dans un burn-out », et ce qui lui permet, parfois, de décider qu'un château ouvert uniquement le mardi matin mérite sa place dans l'agenda.

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Être entourée sans renoncer à sa route

La solitude dont parle Jennifer n'est pas forcément sociale. Elle rencontre du monde dans les festivals vanlife, les communautés, les cafés ou les espaces de coworking. Ce qui manque souvent, ce sont des pairs qui comprennent une deadline, une hésitation sur les prix ou un mois de chiffre d'affaires instable sans qu'il soit nécessaire d'expliquer d'abord tout son mode de vie.

Elle s'appuie aujourd'hui sur plusieurs cercles : un réseau professionnel, des pairs entrepreneurs et un groupe de femmes plus avancées avec lesquelles elle partage des immersions et des rendez-vous réguliers. Elle a en revanche refusé de rejoindre un réseau d'affaires trop rigide, fondé sur le pitch et la présence obligatoire. Sa manière de créer des liens tient dans une autre règle : être curieuse, discuter avec les gens, sans chercher immédiatement à vendre.

Même la vie sentimentale se heurte à la géographie mouvante du nomadisme. Jennifer en parle sans romantiser le sujet : les rencontres sont plus simples lorsqu'on reste longtemps quelque part, dans une communauté ou pendant un festival vanlife. Trouver une personne réellement en accord avec ce mode de vie reste plus compliqué.

Là encore, elle ne prétend pas que la route résout tout. Elle choisit seulement les endroits où les rencontres ont le temps d'exister.

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Voyager moins vite pour rencontrer davantage

Jennifer se reconnaît dans le slowmadisme. Hors road trip, elle reste au moins trois mois dans un lieu, et trouve parfois que ce n'est déjà plus assez. Visiter, demander des recommandations, fréquenter les producteurs et artisans, participer à la vie locale : tout cela demande du temps.À celles et ceux qui critiquent l'impact environnemental du nomadisme, elle répond avec son franc-parler habituel qu'une vie en van peut aussi réduire la consommation d'eau et obliger à surveiller ses déchets. Son propos n'est pas que voyager ne pollue pas. Il est qu'une autre manière de voyager existe : plus lente, attentive à l'économie locale et présente hors saison.

Cette lenteur choisie n'empêche pas le mouvement. Sur sa liste de rêves figurent encore le parc Harry Potter à Orlando, la traversée des Amériques et, un jour, l'ouverture d'un village nomade.

Medellín, prochaine étape

À partir du 24 octobre 2026, Jennifer sera à Medellín pour animer la Mira Class « Ton business au clair en deux semaines ». Six modules en présentiel, dix jours ouvrés et quinze participants au maximum pour travailler sur des chiffres réels, clarifier une offre, fixer des priorités et repartir avec un plan d'action sur 90 jours.

Elle prépare une trame et des exercices, mais refuse le programme plaqué de la même manière sur tout le monde. Elle veut s'adapter aux profils et au niveau des participants. Sa conception du mentorat suit la même logique : écouter, ne pas donner immédiatement la réponse, faire réfléchir, poser les bonnes questions et transmettre les clés qui permettent de prendre une décision assumée. « Mais je vais également être cash et dire les choses que la personne a besoin d'entendre. »

Jennifer a fait partie des premières personnes à pousser Hello Mira à intégrer le business au cœur de ses voyages. Aujourd'hui, elle imagine déjà des séjours thématiques, des représentants dans chaque destination, peut-être même un hub nomade. « Et si je peux jouer un rôle plus actif, why not ! »

Il y a dix ans, elle partait en Nouvelle-Zélande et découvrait qu'il existait d'autres manières d'organiser une journée, un voyage et une vie. En octobre, elle transmettra à Medellín ce que la route, les plantages et l'expérience lui ont appris : la liberté ne consiste pas à ne plus avoir de cadre. Elle consiste à construire celui qui permet de vivre la vie que l'on a choisie.

Comme le dit sa citation favorite : « Fais de ta vie un rêve et d'un rêve une réalité. »

La Mira Class de Jennifer en pratique

  • Programme : « Ton business au clair en deux semaines »
  • Lieu : Medellín, Colombie
  • Début : 24 octobre 2026
  • Format : 6 modules en présentiel sur 10 jours ouvrés
  • Groupe : 15 participants maximum
  • Livrable : un plan business sur 90 jours
  • Prix : 810 € pour la masterclass ; voyage, hébergement et repas non compris
  • Langue : français

Découvrez la Mira Class de Jennifer

Structurer son business en 10 jours, à Medellin

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À propos de l’auteur

Fondateur @Hello Mira

Cédric Tumminello est CEO et co-fondateur de Hello Mira. Entrepreneur tech depuis ses 20 ans, il a co-fondé Yper et l'a dirigée pendant dix ans. Aujourd'hui, il met la technologie au service du lien humain pour les nomades digitaux, les freelances et celles et ceux qui entreprennent en voyageant.

À propos de Jennifer

Jennifer Therond est une entrepreneuse nomade qui vit en van et exerce en tant que mentor chez Hello Mira. Passionnée d'aventure, de littérature et d'activités outdoor, elle explore le monde avec pour prochaine destination la Colombie. L'Irlande, la Nouvelle-Zélande, l'Écosse, le Japon, le Monténégro et la Grèce figurent parmi ses destinations favorites.

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