Elodie Sumeire : « Fonce ! Tu es 1000x plus capable que tu ne le penses »
Portrait d'une ex-RH parisienne devenue freelance nomade en couple - et qui dit tout haut ce que beaucoup de nomades n'osent pas dire : les premiers mois, elle n'était pas heureuse.

Portrait d'une ex-RH parisienne devenue freelance nomade en couple - et qui dit tout haut ce que beaucoup de nomades n'osent pas dire : les premiers mois, elle n'était pas heureuse.
Elodie Sumeire a 34 ans, un parcours qui ne tient pas en ligne droite, et une honnêteté qui tranche avec les récits de nomades qu'on lit d'habitude. Ex-RH en entreprise pendant neuf ans, elle a quitté son CDI, la France et les certitudes pour devenir freelance nomade - en couple, avec un copain qui a deux tours du monde à son actif et une vision du voyage à l'opposé de la sienne. Depuis plus d'un an, ils traversent le monde ensemble, de l'Afrique à l'Amérique latine, en tâtonnant, en pivotant, et en apprenant à se retrouver dans ce qui ressemble autant à une aventure qu'à un chantier permanent.
9 ans de salariat, puis le saut
Elodie n'a pas quitté son CDI sur un coup de tête. L'envie était là depuis longtemps, mais la peur aussi - peur de l'insécurité financière, de l'échec, du regard des autres. Elle avait besoin de se sentir légitime avant de se lancer seule. Neuf ans en RH généraliste, de Paris à Marseille, pour construire cette assise.
Le déclic n'est pas venu du voyage. Il est venu d'un décalage devenu difficile entre elle et l'entreprise dans laquelle elle travaillait, en plus d'une santé fragilisée par le sédentarisme.
« Je ne me reconnaissais plus dans les valeurs et la manière de faire les choses. Mon copain avait comme moi envie de tout quitter. On aspirait à une réelle liberté sur tous les plans. »
Le départ est un projet à deux. Lui, spontané, habitué à l'imprévu. Elle, planificatrice, qui refuse de partir sans filet. Dès le premier jour, deux visions du voyage qui s'affrontent - et qui ne cesseront plus de négocier.
L'Afrique, le rêve qui se heurte au réel
Ils commencent par l'Afrique. C'est le continent qui attire Elodie plus que tous les autres - une attraction qu'elle ne saurait expliquer. Mais la réalité du nomadisme digital en Afrique est brutale : visas courts et payants, Wi-Fi instable, vie chère, insécurité. Ils modifient leurs plans à plusieurs reprises, perdent beaucoup d'argent. Après sept mois, ils capitulent et changent de continent.
« J'y retournerai, c'est certain ! Simplement, ce sera en mode voyage touristique et non en tant que digital nomad, pour apprécier pleinement les lieux parcourus. »
Direction l'Amérique latine. Nouveau fuseau, nouvelles règles.
Les premiers mois, elle n'était pas heureuse
C'est la phrase qu'Elodie prononce sans détour, et qui rend son témoignage différent de tous les autres. Les premiers mois, le nomadisme ne l'a pas rendue heureuse. Pas parce que le voyage était décevant - mais parce que passer d'un open space à un écran seul, coupée de tout lien social direct, à l'autre bout du monde, est un choc qu'elle n'avait pas anticipé.
« Je n'avais pas réalisé à quel point passer d'un mode hybride en entreprise à un mode full télétravail à l'étranger, coupée de tout lien social direct, allait m'impacter autant. »
Elodie est sociable. Elle aime les interactions, l'émulation, les échanges. Et du jour au lendemain, plus rien. L'isolement professionnel, dit-elle, est plus dur que la solitude sociale. Quand on est RH, on parle à tout le monde. Quand on est freelance nomade devant son écran au Mexique, on parle à ses clients - et c'est tout.
Le temps a fait son travail. Elle s'est adaptée, comme elle l'a toujours fait - souhait d'être vétérinaire, puis danseuse, pour finalement devenir RH, et enfin freelance. Les changements font partie de sa vie depuis le lycée. Mais celui-ci a demandé un temps de digestion plus long que les autres.
Être deux, c'est aussi être seule
Le nomadisme en couple, Elodie le vit sans romantisme. Être ensemble 24 heures sur 24 dans un pays qu'on ne connaît pas, avec des rythmes et des contraintes qui diffèrent, ça ne simplifie rien.
« Ce serait mentir que de dire que le voyage a facilité notre relation de couple. Il y a des hauts et des bas, comme dans un quotidien normal, mais on doit se laisser plus de place et de temps pour soi. Car à être non stop ensemble, on a tendance à s'oublier soi-même. »
Mais elle ajoute, sans contradiction : le nomadisme les fait grandir. Il leur apprend le compromis, la résilience, la communication. Ce n'est pas un conte de fées - c'est un accélérateur de maturité.
Pivoter encore, et encore
Depuis son départ, l'activité d'Elodie a évolué. Consultante IA en RH, puis recruteuse, et conseillère en formation professionnelle. Elle cumule, teste, ajuste. Son copain lui dit de se fixer sur une seule chose pour ne pas s'éparpiller. Elle refuse - elle tournerait en rond.
« Je vois tout cela comme une recherche, un cheminement, plutôt que comme une frustration. Et tant que mon CA augmente, j'estime que je suis dans la bonne direction. »
Elle travaille avec des clients en France depuis un fuseau horaire à 7-8 heures de décalage. Elle, qui n'a jamais été matinale, se lève maintenant à 7 heures. Les rendez-vous le matin, le travail personnel l'après-midi. La contrepartie : choisir ses jours, ses horaires, sans demander l'autorisation à personne.
Ce qu'elle dirait à une femme qui hésite
Elodie ne vend pas du rêve. Elle ne dira pas que c'est facile, que le couple tient tout seul, que le premier mois est magique. Son conseil est pragmatique : bien anticiper les contraintes avec la personne qui partage ta vie, se fixer des objectifs réalisables, et être indulgente avec soi-même.
Et son anti-conseil - le truc qu'on croit vrai mais qui est faux ?
« Ne crois pas que tu vas te noyer dans la masse des digital nomad déjà en place. Personne ne t'attend, mais si tu montres de quoi tu es capable, il y aura toujours une place pour toi quelque part. »
Si elle pouvait parler à l'Elodie d'il y a un an, celle qui s'apprêtait à partir avec ses peurs et ses doutes ? Elle n'hésiterait pas une seconde :
« Fonce ! Tu es 1000x plus capable que tu ne le penses. Et profite de chaque instant, car tu ne sais pas combien de temps tu pourras mener cette vie. »
Cet article fait partie de notre série publiée à l'occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes 2026. Chez Hello Mira, on croit que le nomadisme digital se vit mieux quand il se partage - avec les locaux, avec d'autres nomades, avec celles et ceux qui osent. C'est pour ça qu'on donne la parole à des femmes qui vivent cette aventure au quotidien, avec leurs doutes, leurs combats, et leur vision.
Cet article fait partie de la série Hello Mira pour la Journée Internationale des Droits des Femmes 2026. Découvrez notre enquête complète : l'enquête Hello Mira sur le nomadisme féminin.
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