Quand on change de pays tous les quelques mois, la retraite est le grand oublié. Cet article vous aide à distinguer le pays où vous cotisez, celui où vous résidez et les droits qui s'accumulent ou se perdent. Vous saurez repérer les périodes qui risquent de rester sans droits, suivre votre carrière et choisir comment la compléter. Il est cadré sur les droits français : si vous avez cotisé dans le système français, c'est votre situation.
Pourquoi la retraite est un angle mort du nomadisme digital
Chaque pays rémunère les périodes d'assurance accomplies sous sa législation[1]. Pour un nomade, la carrière se retrouve donc éclatée entre plusieurs régimes, chacun avec ses propres règles.
Pour limiter les pertes, la France applique les règlements européens de coordination des systèmes de sécurité sociale et 42 accords bilatéraux de sécurité sociale[2]. Ces textes n'harmonisent pas les systèmes nationaux : ils prévoient seulement des règles de coordination[2].
Selon votre situation et les pays traversés, vos droits sont donc soit additionnés, soit examinés séparément par chaque pays. C'est cette distinction qui décide de ce que vous toucherez, et elle fait l'objet des sections suivantes.
Où cotise-t-on quand on est nomade ?
Quand vous partez travailler dans un pays qui n'est pas lié à la France par un accord de sécurité sociale, vous êtes soumis au régime de sécurité sociale de ce pays et vous n'êtes plus assuré social en France[3]. Les cotisations obligatoires se paient donc dans le pays d'activité.
Les taux et les modes de calcul varient fortement d'un pays à l'autre. Quelques exemples pour s'en convaincre, à ne jamais généraliser :
- En Roumanie, un salarié verse 25 % pour la retraite et 10 % pour la santé, soit 35 % à sa charge[4].
- En Estonie, la taxe sociale de 33 % pèse principalement sur l'employeur, alors que le salarié ne paie que l'assurance chômage (1,6 %) et, en principe, 2 % de cotisation retraite obligatoire (pilier II), temporairement suspendue (0 %) pour 2025-2026[5].
- En Malaisie, le salarié cotise 11 % à la retraite (EPF) ; pour les non-Malaisiens hors résidents permanents, le taux est réduit à 2 % pour le salarié et 2 % pour l'employeur[6].
- En Italie, le taux total avoisine 40 % de la rémunération brute, dont environ 30 % à la charge de l'employeur et environ 10 % à celle du salarié[7].
- En Uruguay, la cotisation retraite est de 15 % côté salarié et de 7,5 % côté employeur[8].
Le statut change aussi qui paie quoi. En Estonie, un indépendant paie lui-même la taxe sociale de 33 % sur son revenu net imposable[5]. En Roumanie, un indépendant ne cotise à la retraite (25 %) que si son revenu annuel net atteint 12 fois le salaire minimum brut, soit 48 600 RON en 2026[4]. Avant de poser vos valises quelque part, vérifiez donc ce que vous devrez réellement cotiser dans ce pays-là, avec votre statut.
Pays de l'UE, de l'EEE, Suisse ou pays conventionné : des périodes qui se coordonnent
Chaque État verse la part de retraite correspondant aux périodes de cotisations accomplies sur son territoire[1]. Les périodes validées dans un État de l'UE ou de l'EEE, en Suisse, ou dans un État signataire d'un accord de sécurité sociale avec la France peuvent être prises en compte pour calculer la retraite[1].
Quelques accords bilatéraux vont plus loin et prennent aussi en compte les périodes accomplies dans un ou plusieurs États tiers, à condition que cet État tiers soit lié aux deux États signataires par un accord de coordination en matière de retraite. C'est le cas des accords entre la France et le Brésil, le Canada, l'Inde, le Maroc, la Serbie, la Tunisie et l'Uruguay[1].
Attention, tout n'est pas additionné pour autant. Certains accords prévoient le calcul séparé des retraites : la prestation est alors calculée à partir de la carrière dans un seul pays, et l'organisme compétent ne prend pas en compte les périodes accomplies dans l'autre État[1]. Si vous avez travaillé à la fois dans l'UE ou l'EEE et dans un État conventionné, le cumul de toutes les périodes n'est possible que dans certains cas rares[1]. Regardez donc l'accord qui lie la France à chaque pays où vous travaillez, au lieu de supposer que tout se totalise.
Pays sans accord avec la France : ce qui se perd, ce qui se rattrape
Sans accord de sécurité sociale entre la France et le pays où vous exercez, vos droits à pension sont examinés séparément par chacun des pays[3]. Concrètement :
- Côté français, les périodes d'assurance accomplies auprès du régime local ne sont pas prises en compte pour déterminer le taux de votre pension française[3].
- Côté local, les cotisations versées ne donnent pas automatiquement droit à une pension que vous pourrez percevoir en France[3].
- Selon la législation locale, vous pouvez obtenir le remboursement de tout ou partie de vos cotisations[3].
- À la retraite, c'est à vous d'effectuer les démarches auprès de l'institution compétente du pays où vous avez travaillé pour obtenir, le cas échéant, la pension de ce pays[3].
Pour compléter ces droits, deux solutions existent : l'assurance volontaire vieillesse et le rachat de périodes à l'étranger[2]. Elles font l'objet de la section suivante.
Assurance volontaire et rachat : compléter ses droits
Si la protection sociale du pays d'activité vous paraît insuffisante, vous pouvez cotiser à titre volontaire auprès du régime français, en plus de votre affiliation obligatoire dans votre pays de travail[3]. Cette cotisation volontaire est un complément : elle ne remplace pas les cotisations obligatoires locales (voir la section suivante).
L'adhésion à l'assurance volontaire vieillesse se demande à la Caisse des Français de l'Étranger[3]. Pour connaître les conditions d'éligibilité, le montant et les modalités de paiement, adressez-vous directement à la caisse.
Le rachat de périodes est l'autre piste. En vous connectant à votre compte retraite, vous accédez aux options de rachat proposées par les caisses auprès desquelles vous avez des droits ; pour savoir comment faire la demande, le montant du rachat et les conditions de paiement, contactez la caisse concernée[9].
Pièges et points de vigilance
- Pays sans accord : les périodes cotisées localement ne comptent pas pour le taux de la pension française, et les droits locaux ne sont pas automatiquement transférables en France[3].
- Double cotisation : cotiser en France à une assurance volontaire ne vous exonère pas des cotisations obligatoires dans le pays d'activité[3].
- Calcul séparé : selon l'accord, la pension peut ne reposer que sur la carrière d'un seul pays, sans additionner les autres[1].
- Remboursement des cotisations locales : lorsqu'il est possible, la demande doit parfois être présentée au moment de quitter le pays[3]. Si vous changez de pays tous les six mois, renseignez-vous dès votre arrivée auprès de l'institution locale compétente en matière d'assurance vieillesse sur les possibilités de remboursement et leurs conditions[3].
- Carrières internationales : le revenu de référence français correspond à la moyenne des 25 meilleures années de salaire brut perçu en France, ayant donné lieu à cotisation au régime français[2]. Les années passées à l'étranger n'y entrent pas, et les carrières internationales sont désavantagées dans ce calcul comme dans la totalisation des périodes[2].
- Fiscalité des revenus rapatriés : depuis le 1er janvier 2024, les résidents fiscaux thaïlandais sont imposables sur leurs revenus de source étrangère gagnés à partir du 1er janvier 2024 et rapatriés en Thaïlande, la même année ou une année ultérieure[10]. Un pays de résidence peut donc taxer l'argent que vous ramenez ; vérifiez les règles applicables à votre situation, y compris pour vos pensions.
Suivre ses droits : compte retraite, relevé de carrière, simulation
En France, la retraite est gérée par plusieurs caisses qui appliquent des règles de calcul différentes[9]. Le site officiel Info Retraite est le site commun à tous les régimes de retraite obligatoires[9] : quelle que soit votre carrière, vous y avez un compte retraite[9], qui est le point de départ pour savoir où vous en êtes.
- Le relevé de carrière permet de consulter les informations connues sur vos régimes de retraite depuis le début de votre activité professionnelle[9] : c'est là que vous repérerez les périodes manquantes.
- Une estimation du montant de vos pensions est disponible dans le compte, générée automatiquement à partir des informations connues de vos caisses[9].
- Vous pouvez demander un entretien information retraite, par téléphone, courrier ou courriel, auprès de l'une des caisses auxquelles vous avez cotisé[9].
- Le compte contient aussi un service qui renseigne sur la prise en compte des années travaillées à l'étranger[9].
Les périodes d'activité à l'étranger sont prises en compte dans des conditions variables selon que vous êtes salarié détaché ou salarié expatrié en contrat local, et selon le pays d'accueil[9].
Épargne complémentaire : PER, PEA, assurance-vie
Les droits publics ne suffisent pas toujours, surtout avec une carrière morcelée. L'épargne peut les compléter. Trois placements reviennent le plus souvent.
- Le PER : la loi Pacte a créé le PER individuel, destiné à remplacer le PERP, le contrat Madelin et la Préfon[11]. Ces produits ne sont plus commercialisés depuis le 1er octobre 2020 ; si vous en avez souscrit un, vous pouvez le conserver ou transférer les sommes dans un PER individuel[11].
- Le PEA : après 5 ans de détention minimum, les sommes épargnées peuvent être converties en rente viagère exonérée d'impôt sur le revenu, mais soumise aux prélèvements sociaux[11].
- L'assurance-vie multi-supports : elle permet d'investir dans différents types de fonds à moyen et long terme[11]. Les rachats sont possibles à tout moment, avec un régime d'imposition plus avantageux au bout de 8 ans de détention[11].
Le choix des supports dépend du temps qui vous sépare de la retraite[11]. Avant d'investir, lisez le DIC (document d'informations clés) de chaque fonds[11]. Pour le PER, la gestion pilotée s'applique par défaut : sans décision contraire de votre part, c'est elle qui est retenue[11].
Déposer sa demande quand on a travaillé dans plusieurs pays
- Si vous résidez en France, déposez la demande auprès de la caisse de retraite du lieu de votre dernière affiliation en France (Carsat/Cnav, CGSS, CCMSA, etc.), via votre espace personnel en ligne ou par courrier[1]. Il est conseillé de préciser les États où vous avez travaillé[1].
- Si vous résidez dans un autre État où vous avez travaillé, déposez la demande auprès de l'organisme de pension de cet État[1].
La caisse saisie examine vos droits dans le cadre de l'accord le plus avantageux pour vous (règlements européens ou accord bilatéral concerné), puis transmet une demande de liquidation aux organismes de retraite des autres États où vous avez travaillé[1].
Les conditions de départ évoluent : des décrets adaptent l'âge d'ouverture des droits et la durée d'assurance pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026[2]. Vérifiez les règles en vigueur auprès de votre caisse avant de fixer une date.
Étapes, dans l'ordre
- Ouvrez votre compte retraite sur Info Retraite et lisez votre relevé de carrière pour repérer les périodes manquantes.
- Pour chaque pays où vous travaillez, identifiez le régime applicable et l'éventuel accord avec la France.
- Dès votre arrivée dans un pays sans accord, renseignez-vous auprès de l'institution locale sur le remboursement des cotisations et ses conditions.
- Conservez les preuves de cotisations et de périodes d'activité de chaque pays.
- Décidez de compléter ou non vos droits : assurance volontaire, rachat de périodes ou épargne (PER, PEA, assurance-vie).
- Demandez un entretien information retraite pour valider votre stratégie, et refaites-le à chaque changement de pays durable.
Cet article donne l'essentiel pour y voir clair. Les conditions d'adhésion à l'assurance volontaire, le détail des rachats, le droit de chaque pays traversé et votre situation personnelle demandent d'aller plus loin, auprès des caisses concernées ou d'un professionnel.
Sources
- 1.^ abcdefghijkcleiss.fr — Votre retraite après avoir travaillé en France, dans un autre Etat de l'UE/EEE ou en Suisse et dans un Etat ou territoire signataire d’un accord de sécurité sociale avec la France : « Chaque État rémunère les périodes d'assurance accomplies sous sa législation. » ; « Les périodes validées dans un État de l'UE/EEE ou en Suisse ou dans un État signataire d'un accord de sécurité sociale avec la France peuvent être prises en compte pour calculer la retraite. » ; « Quelques accords bilatéraux prévoient la prise en compte des périodes accomplies dans un ou plusieurs États tiers, à condition que l'État tiers soit lié aux 2 États signataires par un accord de coordination en matière de retraite. C'est le cas des accords entre la France et le Brésil, le Canada, l'Inde, le Maroc, la Serbie, la Tunisie et l'Uruguay. » https://www.cleiss.fr/particuliers/retraite/reglements-accord.html (consulté le 28 octobre 2026)
- 2.^ abcdefcleiss.fr — L'actualité juridique - Mai 2026 : « Le ministère compétent rappelle que la France applique les règlements européens de coordination des systèmes nationaux de sécurité sociale et 42 accords bilatéraux de sécurité sociale. » ; « Ils n'harmonisent pas les systèmes nationaux mais prévoient des règles de coordination. » ; « En l'absence d'accord, des solutions comme l'assurance volontaire vieillesse ou le rachat de périodes à l'étranger permettent de compléter ces textes protecteurs garantissant une certaine continuité des droits. » https://www.cleiss.fr/actu/breves2605.html (consulté le 28 octobre 2026)
- 3.^ abcdefghijklcleiss.fr — Vous partez en tant qu'expatrié à l'étranger : « En tant qu'expatrié, vous serez soumis au régime de sécurité sociale qui existe dans ce pays et vous ne serez plus assuré social en France. » ; « Dans la mesure où il n'existe pas d'accord de sécurité sociale entre la France et le pays où vous allez exercer votre activité, vos droits à pension seront examinés séparément par chacun des pays. » ; « Du côté français, lors de la liquidation de la pension, il ne sera pas tenu compte, pour la détermination du taux de liquidation de votre pension française, des périodes d'assurance accomplies auprès du régime local. » https://www.cleiss.fr/particuliers/partir/travailler/expatriation/horsconvention.html (consulté le 28 octobre 2026)
Voir les 9 autres sourcesMasquer
- 4.^ abMira Knowledge — En Roumanie, le salarié verse 25 % pour la retraite et 10 % pour la santé, soit 35 % à sa charge. Vérifié le 11/06/2026 : 2 sources concordantes (anaf.ro, taxsummaries.pwc.com). https://www.anaf.ro/ (consulté le 11 juin 2026)
- 5.^ abMira Knowledge — En Estonie, la taxe sociale de 33 % pèse principalement sur l'employeur ; le salarié ne paie que l'assurance chômage (1,6 %) et 2 % de cotisation retraite obligatoire. Vérifié le 11/06/2026 : 2 sources concordantes (emta.ee, taxsummaries.pwc.com). https://www.emta.ee/ (consulté le 11 juin 2026)
- 6.^Mira Knowledge — En Malaisie, le salarié cotise 11 % à la retraite (EPF) ; pour les non-Malaisiens hors résidents permanents, le taux est de 2 % pour le salarié et 2 % pour l'employeur. Vérifié le 11/06/2026 : 2 sources concordantes (hasil.gov.my, taxsummaries.pwc.com). https://www.hasil.gov.my/ (consulté le 11 juin 2026)
- 7.^Mira Knowledge — En Italie, le taux total avoisine 40 % de la rémunération brute, dont environ 30 % à la charge de l'employeur et environ 10 % à celle du salarié. Vérifié le 27/09/2026 : 2 sources concordantes (agenziaentrate.gov.it, taxsummaries.pwc.com). https://www.agenziaentrate.gov.it/ (consulté le 27 septembre 2026)
- 8.^Mira Knowledge — En Uruguay, la cotisation retraite est de 15 % côté salarié et de 7,5 % côté employeur. Vérifié le 27/09/2026 : 2 sources concordantes (taxsummaries.pwc.com, dgi.gub.uy). https://taxsummaries.pwc.com/uruguay/individual/other-taxes (consulté le 27 septembre 2026)
- 9.^ abcdefghiservice-public.gouv.fr — I'm preparing for retirement | Service Public : « Pour savoir comment faire la demande, le montant du rachat et les conditions de paiement des cotisations volontaires, contactez votre caisse de retraite. » ; « En vous connectant à votre compte retraite, vous accédez aux informations sur les options de rachat proposées par les caisses de retraite auprès desquelles vous avez des droits. » ; « En France, la retraite est gérée par plusieurs caisses de retraite qui appliquent des règles différentes de calcul des cotisations et des pensions. » https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F17904?lang=en (consulté le 28 octobre 2026)
- 10.^Mira Knowledge — Depuis le 1er janvier 2024, les résidents fiscaux thaïlandais sont imposables sur leurs revenus de source étrangère rapatriés en Thaïlande, quelle que soit l'année où ces revenus ont été gagnés. Vérifié le 11/06/2026 : 2 sources concordantes (taxsummaries.pwc.com, rd.go.th). https://taxsummaries.pwc.com/thailand/individual/taxes-on-personal-income (consulté le 11 juin 2026)
- 11.^ abcdefghamf-france.org — Bien épargner pour préparer sa retraite | AMF : « La loi Pacte a créé le PER individuel, destiné à remplacer les produits antérieurs : PERP, contrat Madelin, Préfon. » ; « Ces produits ne sont plus commercialisés depuis le 1er octobre 2020. Si vous aviez souscrit un de ces produits, vous pouvez choisir de le conserver ou de transférer les sommes épargnées dans un PER individuel. » ; « Après 5 ans de détention minimum, les sommes épargnées au travers du PEA peuvent être converties en une rente viagère exonérée d'impôt sur le revenu (mais soumise aux prélèvements sociaux). » https://www.amf-france.org/fr/espace-epargnants/preparer-ses-projets/preparer-sa-retraite (consulté le 28 octobre 2026)
- 12.Mira Knowledge — Le contrat, le recouvrement d'impayés et la fiscalité relèvent d'un conseil professionnel (juriste, avocat, expert-comptable) selon la juridiction. Vérifié le 26/06/2026 : 2 sources concordantes (hello-mira.com, practitioner.framework). (consulté le 26 juin 2026)




