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Vie nomade10 min de lecture4 mars 2026

Rose Perron : « Fais-le. Si ça ne te plaît pas, tu changes. »

Portrait d'une copywriter québécoise qui a quitté le Canada à 19 ans pour ne jamais revenir

Rose Perron : « Fais-le. Si ça ne te plaît pas, tu changes. »

Rose Perron a 28 ans, plus de 30 pays au compteur, et une philosophie de vie qui tient en une phrase : acheter un billet, partir, voir ce qui se passe. Originaire de Québec, elle a quitté le Canada à sa majorité avec une certitude : la vie qu'on lui proposait là-bas n'était pas la sienne. Depuis, elle a fondé son entreprise de rédaction web, ouvert un studio de pole dance au Salvador, et construit une existence que la plupart des gens considèrent comme impossible — surtout pour une femme seule venue d'un milieu modeste.

Partir parce que rester n'était pas une option

Chez Rose, le nomadisme n'est pas un déclic. C'est un instinct. L'Amérique latine l'attire depuis l'enfance, la mer l'appelle, et le quotidien canadien — université, travail, maison — ne lui a jamais fait envie. Elle n'a pas eu besoin d'un événement déclencheur. Elle a attendu d'avoir l'âge de partir, puis elle est partie.

« Je ne me suis jamais sentie vraiment bien au Canada. Le quotidien ne me faisait pas triper. Je regardais le futur, un peu ce qu'on nous vend là — la salade université-travail-maison — et ça ne m'a jamais donné envie. J'attendais juste d'être majeure pour quitter. »

Son premier voyage : un an à travers presque tous les pays d'Amérique du Sud. Seule. Elle rentre brièvement au Canada pour vendre ses affaires, travailler un peu, refaire ses réserves. Puis elle repart. Elle n'est plus jamais revenue vivre là-bas.

Construire une entreprise avec un sac à dos

Rose n'est pas du genre à séparer sa vie professionnelle de sa vie nomade. Les deux se sont construites ensemble, l'une nourrissant l'autre. Son activité de rédactrice web, elle l'a bâtie depuis la route : LinkedIn, vidéoconférences, networking acharné, formation continue. Pas de bureau, pas de stratégie complexe — mais un plan marketing, du bouche-à-oreille, et surtout beaucoup de conversations.

« Parler aux gens, en ligne ou en personne, est la meilleure façon de faire connaître ses services et de créer un lien de confiance qui peut mener à l'obtention d'un mandat. »

Six ans plus tard, elle vit pleinement de son activité. Et depuis trois ans, elle a posé une base au Salvador — un pied-à-terre après cinq ans de mouvement permanent. C'est là qu'elle a ouvert son studio de pole dance, un projet qui ancre son quotidien sans trahir sa liberté.

Zéro planification, 100 % intuition

Il y a un mot que Rose n'utilise jamais : itinéraire. Elle ne réserve rien. Ne planifie rien. N'organise rien. Elle achète un billet d'avion, réserve une nuit en auberge de jeunesse, et construit le reste sur place, au fil des rencontres et des conversations.

Ce n'est pas de l'insouciance — c'est une philosophie. Le nomadisme, tel qu'elle le pratique, est un exercice radical de spontanéité. Réserver trop souvent ou trop longtemps à l'avance, c'est s'enfermer dans un plan et perdre la liberté de changer de cap du jour au lendemain.

« Le nomadisme digital m'apporte légèreté et spontanéité et me libère des responsabilités matérielles. Je peux vivre ma vie à mon rythme, passer beaucoup de temps en nature et me laisser porter par le vent. »

La solitude : un apprentissage, puis un choix

C'est le sujet que Rose aborde avec le plus de nuance. La solitude du nomadisme, elle la connaît intimement. Au début, elle était rude : apprendre à tout faire seule, accepter que les connexions soient éphémères, composer avec des amitiés qui se font et se défont au rythme des déplacements. Le genre de solitude qui n'est pas dramatique, mais qui use, parce qu'il faut se motiver chaque jour sans personne pour vous pousser.

« Au début, j'ai eu de la difficulté à vivre avec la solitude dans les moments où elle était plus intense — quand on est malade, stressée, fatiguée. Avec le temps, je l'ai grandement apprivoisée. Elle fait maintenant partie de la gamme des émotions. Je l'accueille et je la laisse passer. »

Aujourd'hui, Rose dit avoir besoin de bien plus de moments seule qu'avant. La solitude, d'épreuve, est devenue nécessité. Elle ne souffre plus de la sienne. Mais elle voit chez les femmes qu'elle accompagne que c'est souvent le frein le plus profond — celui qu'on n'ose pas toujours nommer.

Être femme, ici ou ailleurs

Sur la question de la sécurité en tant que femme nomade, Rose a une position tranchée : le danger n'est pas plus grand sur la route qu'à la maison. Et elle le dit sans détour.

« Je crois qu'être femme, au Canada, en France ou en Mongolie, c'est un poids qui pèse lourd tous les jours et qui donne lieu à des situations inconfortables et parfois dangereuses. Je ne considère pas qu'être voyageuse augmente ce risque. »

Il y a des rues à Montréal où elle ne marcherait pas seule la nuit. Il y en a partout. Le risque n'est pas géographique, il est systémique. Et à ce compte-là, autant être vigilante en faisant quelque chose qu'on aime.

« Partout où on va, tout le temps, on doit être plus vigilantes que les hommes. C'est comme ça. Et donc tant qu'à subir la misogynie, autant la subir en faisant quelque chose que j'aime. »

Coacher celles qui n'osent pas

C'est naturellement que Rose a commencé à accompagner d'autres femmes. Les questions arrivaient en masse : comment partir, quoi prendre, comment gérer la fiscalité, et surtout — est-ce que c'est dangereux ? Est-ce que je vais m'ennuyer ? Est-ce que je vais être trop seule ?

La peur revient toujours. Peur de l'insécurité, peur de ne pas trouver de cercle social stimulant, peur du temps long. Rose écoute, rassure, partage son expérience. Elle ne vend pas un rêve. Elle montre qu'une autre réalité existe, pour qui veut bien la saisir.

Ce que la route lui a donné

Rose ne doute pas. C'est dit simplement, sans arrogance. Elle est là où elle a choisi d'être. Si un jour elle veut autre chose, elle s'adaptera. Rien n'est permanent, et c'est justement ce qui la libère.

Le voyage lui a apporté ce qu'aucun quotidien sédentaire n'aurait pu : l'indépendance totale, la capacité à résoudre n'importe quel problème seule, une ouverture radicale aux différentes manières de vivre et de penser. Et surtout, la confirmation que la vie « traditionnelle » n'est pas la seule option valable.

« J'ai arrêté d'écouter les opinions des autres sur mes choix de vie. Je fais confiance à mon intuition et à mon jugement beaucoup plus. »

Si elle pouvait parler à la Rose d'il y a cinq ans, celle qui s'apprêtait à tout quitter, elle ne changerait rien. Elle lui dirait simplement : « Continue de te faire confiance et de suivre ton intuition. Tout ce que tu feras avec le cœur sera la bonne chose à faire. »

Et à une femme qui hésite encore ? Le conseil de Rose tient en deux phrases : « Fais-le. Si ça ne te plaît pas, tu changes. Vaut mieux se tromper que regretter de ne jamais avoir essayé. »

Cet article fait partie de notre série publiée à l'occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes 2026. Chez Hello Mira, on croit que le nomadisme digital se vit mieux quand il se partage — avec les locaux, avec d'autres nomades, avec celles et ceux qui osent. C'est pour ça qu'on donne la parole à des femmes qui vivent cette aventure au quotidien, avec leurs doutes, leurs combats, et leur vision.

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