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Vie nomade8 min de lecture8 mars 2026

« J'ai construit ma carrière autour de ma liberté, pas l'inverse »

Portrait d'une motion designer qui a choisi la route plutôt que le bureau

« J'ai construit ma carrière autour de ma liberté, pas l'inverse »

Prune Salmon a 26 ans, un ordinateur portable dans son sac à dos, et une conviction chevillée au corps : on peut dessiner sa vie avant de dessiner pour ses clients. Freelance en motion design, elle travaille aujourd'hui avec Decathlon Suisse depuis l'autre bout du monde. Mais derrière l'apparente légèreté du mode de vie, il y a des choix très délibérés, une traversée de l'Atlantique en bateau, et une lucidité rare sur ce que signifie être une femme libre en 2026.

Tout construire autour d'un rêve de petite fille

Chez Prune, le voyage n'est pas arrivé par hasard. C'est un fil rouge qui remonte à l'enfance. Formée à l'École de Design Nantes Atlantique, elle part faire son master à Montréal — première échappée. Au retour, plutôt que de chercher un CDI confortable, elle lance son auto-entreprise avec un objectif clair : être libre géographiquement.

Et pour ça, elle fait des choix que d'autres trouveraient sacrificiels. La 2D plutôt que la 3D, pour ne dépendre que d'un portable. Les agences plutôt que les clients directs, pour éviter la pédagogie permanente de son métier. Le distanciel comme critère numéro un, non négociable.

« Tout est une question de choix », dit-elle simplement. « Mon envie profonde en sortant des études était de pouvoir voyager. J'ai réfléchi à ce qui correspondait le mieux à ce choix. J'ai aussi dû sacrifier certaines choses, comme mon attrait pour le mapping, la construction d'une communauté réelle de collègues, sans parler de la distance avec les proches. »

Un an de préparation à Nantes pour monter son carnet d'adresses. Puis le départ, sac à dos, direction l'Amérique latine. Un an et demi sur la route : la Colombie jusqu'au Brésil par la terre, en bus, en stop, en volontariat. Et une traversée de l'Atlantique en bateau, parce que pour Prune, prendre l'avion n'est jamais un geste anodin. Sur un an et demi de voyage, elle n'en a pris qu'un seul.

Le déclic, quelque part sur la côte caraïbe

Le moment où Prune comprend que son rêve est devenu sa réalité ? C'est en Colombie, sur la côte caraïbe. Elle travaille sur son premier contrat avec Decathlon, et en fin de journée, elle rejoint des amis pour surfer. Elle s'arrête. Elle réalise.

« Je vivais ce que j'avais visualisé toute l'année passée à construire ce projet. Car malgré ma certitude que ça allait marcher, les périodes de doutes viennent toujours perturber l'idée idyllique qu'on se fait de sa vie future. Je pense cependant que l'avoir imaginé et être persuadée que ça arriverait un jour a contribué à sa réalisation. »

Voyager sans avion, un acte politique

Prune ne se contente pas de voyager. Elle s'impose une exigence que peu de nomades digitaux revendiquent : limiter drastiquement l'avion. Bus, stop, bateau — elle privilégie la route à chaque fois que c'est possible, quitte à mettre deux mois pour traverser un océan.

« C'est un privilège de voyager, un luxe que peu de gens ont sur cette planète. Alors si je le fais, je veux le faire consciemment et de la bonne manière. Je me désole de voir des influenceurs vendre le voyage en se montrant une semaine en Australie et la semaine suivante au Maroc. Pour moi, ce n'est pas un geste anodin de prendre l'avion. »

Ce choix s'inscrit aussi dans sa philosophie du slow travel. Prune préfère le chemin à la destination. Elle ne planifie pas sa prochaine étape, reste ouverte aux rencontres imprévues, et vit au jour le jour. En Amérique du Sud, le volontariat lui a permis de rester plus longtemps dans les lieux sans exploser son budget — et de créer des liens qui durent. Sur la côte caraïbe colombienne, un mois dans un hostel avec d'autres volontaires et des locaux est devenu « presque une petite famille ». Le genre de connexion authentique, ancrée dans le quotidien partagé, que les plateformes classiques de voyage ne savent pas créer.

« T'es folle, toute seule ? »

Femme, seule, en stop, sac à dos, dans des pays qui ne figurent pas dans les brochures touristiques. Prune connaît la réplique par cœur. Elle l'entend souvent. Elle ne s'en offusque pas.

« Je comprends ces réflexions, car elles viennent de peurs que les gens projettent sur moi. Or je n'ai pas beaucoup de peurs, ni pour les gens, ni pour les événements qui pourraient arriver, ni de l'inconnu — ce sont même des choses qui attirent ma curiosité. La peur est en soi plus qu'à l'extérieur. »

Ceinture noire de karaté, Prune ne s'aventure pas naïvement. Mais elle refuse que la peur — celle des autres, surtout — dicte ses choix.

La légitimité, ce combat silencieux

Sur la question de la légitimité des femmes, Prune ne théorise pas. Elle raconte ce qu'elle vit. Longtemps, elle ne se sentait pas légitime de faire de son métier une entreprise. En observant autour d'elle, le constat est tombé, net.

« La majorité des hommes ne se posent même pas la question, ils le font. Et je n'étais pas un cas isolé. Dans un collectif de musique féminin, on a toutes — sans exception — exprimé notre sentiment d'illégitimité à se placer en tant qu'artiste, alors que nos amis mecs le font depuis des années sans se poser la question. »

Son message est direct : « En tant que femme, il faut doublement affirmer sa place dans cette société. Et j'encourage toutes celles qui hésitent à le faire, ne serait-ce que pour en inspirer d'autres. »

Rentrer pour mieux repartir

Prune était partie pour cinq ans. Elle est rentrée au bout d'un an et demi. Non pas par échec, mais par lucidité. Seule dans la campagne colombienne pendant trois mois, elle a compris quelque chose d'essentiel.

« J'avais beau avoir tout ce dont j'avais besoin et une vue magnifique, ça n'avait pas de sens toute seule. Des belles personnes, on peut en rencontrer partout. Mais des personnes qui nous connaissent profondément, avec qui on a grandi, on n'en rencontre pas à tous les coins de rue. »

La citation d'Into the Wild résonne avec son expérience : le bonheur n'est réel que lorsqu'il est partagé. C'est d'ailleurs ce qui la touche dans l'idée de connecter des nomades avec des locaux qui partagent leurs passions : retrouver cette chaleur humaine sans attendre le hasard. Aujourd'hui, Prune voyage en Europe, plus proche de ses proches, toujours aussi libre.

Et maintenant ?

Prune prépare deux gros projets personnels : l'aménagement d'un van pour repartir sur les routes, et la création de Soma Collectif, un collectif de Dub féminin qui a déjà plusieurs dates prévues en 2026. Le reste — mapping, yoga, et d'autres idées — elle préfère ne pas trop en parler pour le moment. Prune n'est pas du genre à annoncer avant de faire.

Si elle pouvait parler à la Prune qui sortait tout juste de son master, hésitante, elle lui dirait une seule chose : « Fais-toi confiance à 100 %. Tu peux faire tout ce dont tu as envie. »

Cet article fait partie de notre série publiée à l'occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes 2026. Chez Hello Mira, on croit que le nomadisme digital se vit mieux quand il se partage — avec les locaux, avec d'autres nomades, avec celles et ceux qui osent. C'est pour ça qu'on donne la parole à des femmes qui vivent cette aventure au quotidien, avec leurs doutes, leurs combats, et leur vision.

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